Spotify ou la grande spoliation

Vous avez sans doute entendu dire que les plateformes de streaming musical rémunéraient mal les artistes. La réalité est bien plus sombre, et cet article vise à exposer l’ampleur du problème.
Commençons par un exemple concret pour bien comprendre.
Angle 1 : L’Auditeur
Sylvain, 50 ans, vient de s’abonner à Spotify pour 10 € par mois. Il écoute environ 7 heures de musique mensuellement, soit à peu près 140 titres. Sur le papier, une écoute est rémunérée en moyenne 0,006 €. L’écoute de Sylvain « génère » donc environ 0,84 € par mois.
Calculons à l’année :
Sylvain paie : 120 € à la plateforme.
Sylvain écoute : 1 680 titres.
Ce qui est reversé : 10,08 €.
Mais attention, ces 10,08 € ne vont pas à un seul artiste. Ils sont à partager entre tous les artistes que Sylvain a écoutés durant l’année.
La conclusion est sans appel : les artistes ne sont pas seulement « mal rémunérés ». L’argent de leur œuvre est tout simplement capté par un système qui ne les place pas au centre. C’est une forme de sur-ubérisation de la création.
Angle 2 : L’Artiste
Prenons maintenant le problème sous l’angle du musicien, avec l’exemple d’un groupe de jazz indépendant produisant son premier album professionnel.
Le coût minimum d’une telle opération (enregistrement, mixage, mastering, musiciens) est d’environ 10 000 €. C’est un budget réaliste, qui peut être bien plus élevé.
Dans la musique indépendante, un « succès » pour ce type de projet se mesure par l’engouement de 1 000 à 3 000 auditeurs fidèles. Si ce public utilise massivement les plateformes, on peut espérer un total de 100 000 à 300 000 écoutes.
Faisons à nouveau le calcul :
Rémunération (0,006 €/écoute) : 600 € à 1 800 € au total.
Le bilan : Produire une œuvre musicale indépendante et rencontrer un succès d’estime rapporte, dans le meilleur des cas, 10 fois moins que l’investissement initial. C’est économiquement intenable.
Et n’oublions pas que la majorité des projets indépendants ne génèrent que quelques dizaines ou centaines d’écoutes, rendant les revenus totalement anecdotiques.
Et les CD ou vinyles ?
Même si l’on parle d’un retour en grâce de ces formats, leur vente est devenue marginale. Posez-vous la question : combien de CD ou de vinyles achetez-vous par an ? Ces ventes ne peuvent, à elles seules, compenser l’effondrement des revenus.
Une dépossession
Au travers de ces deux exemples, on comprend la gravité du problème. Les artistes n’ont pas perdu 10 ou 15 % de leurs revenus. Ils ont été économiquement dépossédés de leur œuvre par ces plateformes.
Face à ce constat, n’hésitez pas, quand vous le pouvez, à privilégier un soutien direct aux artistes indépendants que vous appréciez. Acheter leur musique sur leur site, financer leurs projets ou s’abonner à leurs offres exclusives : c’est aujourd’hui la seule manière de leur permettre de continuer à créer.
Etienne
Partagez